Actualité

Big Brother is Watching You

Cet été, la ville de Moscou a commencé à mettre à niveau son réseau de 146000 caméras. Ce réseau, qui surveille la ville 24h/24 et 7j/7 a été bâti sur 5 ans et a coûté 250 millions de dollars. Il sert à vérifier que les poubelles ont bien été ramassées et la neige enlevée, à surveiller les passages de voitures au feu rouge et à s’assurer que les publicités sont légales (1). Ces caméras enregistrent environ 75000 infractions par jour. Mais la ville et le gouvernement n’ont pas l’intention de s’arrêter là. En effet, un test de reconnaissance faciale a été effectué à la sortie d’arrêts de métro : certaines caméras ont été capables d’atteindre 95% de réussite. En Chine, 20 millions de caméras équipées d’une intelligence artificielle et capable de reconnaissance faciale ont été installées.

 

Les villes les plus surveillées

Les 5 villes les plus surveillées, en avril 2017, sont (2):

 

Une baisse de la criminalité

La présence de ces caméras entraine-t-elle une réelle baisse de la criminalité ? Sur ce point, les avis divergent.

D’après la police de Chicago, 3ème ville la plus surveillée au monde, les caméras ont permis d’effectuer 4000 arrestations en 2006.
A East Orange, dans le New Jersey, les caméras et systèmes d’écoute ont permis de réduire le crime de 50% entre 2003 et 2006 : les meurtres de 2/3, les viols de 1/3 et les vols de moitié (3). A New York, il y a eu une baisse de 35% des activités criminelles dans des projets de logements sociaux. En 2007, le crime a reculé de 17% à Baltimore et de 37% à Philadelphie.
A Bombay et Thane, en Inde, il y a eu un recul de 22% entre 2013 et 2015 (4).

Une étude de 1998 a montré que, s’ils avaient eu connaissance de la présence de caméras de surveillance, seulement 24,1% des criminels interrogés auraient perpétré leur crime (5).

D’après des sociologues ayant étudié la baisse de criminalité à Londres, celle-ci n’est pas due à la présence des caméras mais à une baisse générale de la criminalité (6).
L’ACLU a déclaré que les raisons évoquées pour installer encore plus de caméras ne sont pas valables : ces caméras n’empêchent pas les actes terroristes. Les seuls crimes qu’elles combattent sont des crimes moins importants comme les vols, les stationnements en zone interdite…
De plus, plus le nombre de caméras est élevé, plus il peut y avoir d’abus.

 

Qu’en est-il du respect de la vie privée et des droits des citoyens ?

Les abus peuvent être de toute sorte. D’abord, il y a l’utilisation de caméras de surveillance pour motifs personnels, comme surveiller une personne que l’on connait, la rue dans laquelle on habite. Ensuite, il y a le voyeurisme et la curiosité malsaine. Enfin, il y a un risque de biais. En effet, les opérateurs pourraient avoir tendance à se focaliser sur certaines communautés et mettre de côté les autres. Understanding American Government de Susan Welch et al le montre bien. Les Afro-Américains, malgré des décennies de combats, font toujours face à de la discrimination de la part du gouvernement et des forces de l’ordre. Ils ont plus de chances d’être arrêtés ou fouillés que les blancs. Les policiers partent du principe qu’un individu afro-américain a plus de chances d’être un criminel. Dans certaines villes ou quartiers avec un fort taux de criminalité, les force de l’ordre seraient tentées d’utiliser les caméras de surveillance pour « fliquer » ces individus, c’est à dire les suivre dans les moindres de leurs mouvements en ce, sans raison.
Les 20 millions de caméras en Chine équipées d’une intelligence artificielle servent à suivre ou retrouver des criminels. Elles sont capables de donner l’âge approximatif et le sexe d’une personne ainsi que la couleur de ses vêtements (ref 6). Pour retrouver les criminels plus rapidement, une base de données est utilisée. Dans un pays comme la Chine, en plus de tracker des criminels, ces 20 millions de caméras pourraient très bien servir à retrouver des opposants politiques.
La sécurité nationale justifie-t-elle une telle surveillance ?

Sous prétexte de garantir un niveau de sécurité plus élevé, les villes se transforment en une sorte de Panopticon. Un Panopticon est une prison en forme de cercle avec, en son centre, une tour où se trouvent les gardiens. La logique est que, les prisonniers, se sachant potentiellement surveillés, ont un meilleur comportement. Michel Foucault explique que « Le vrai effet du Panopticon, c’est d’être tel que, même lorsqu’il n’y a personne, l’individu dans sa cellule, non seulement se croie, mais se sache observé, qu’il ait l’expérience constante d’être dans un état de visibilité pour le regard. », « pas besoin d’armes, de violences physiques, de contraintes matérielles » (7). L’idée même d’être observé est suffisante pour freiner certaines envies. Les villes peuvent ainsi en partie contrôler les actions des habitants sans avoir à interagir avec eux.

 

Par Marine Rouet

Publié le 28 novembre 2017

 

(1) http://money.cnn.com/2017/06/14/technology/culture/moscow-cameras/index.html

(2) http://www.worldatlas.com/articles/most-spied-on-cities-in-the-world.html

(3) https://www.watchmenkc.com/2016/03/10/statistics-security-cameras-deter-crime-kansas-city-security-cameras/

(4) http://www.mid-day.com/articles/cctv-surveillance-reduces-crime-rate-by-22-pc-in-housing-societies-across-mumbai-thane/16848165

(5) http://minerva-security.co.uk/cctv-systems-really-prevent-crime/

(6) http://www.dailymail.co.uk/news/article-4918342/China-installs-20-million-AI-equipped-street-cameras.html

(7) https://www.memoireonline.com/06/07/479/m_michel-foucault-psychiatrie-et-medecine28.html#fn174

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *